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Rita Demers at her home in Loudonville, NY, 1995.
Rita Demers at her home in Loudonville, NY, 1995, playing Clair de Lune by Claude Debussy. Sadly, this is the only recording that was made of her playing.
Rita Demers chez elle à Loudonville, NY, 1995, jouant Clair de Lune par Claude Debussy. Tristement, c'est le seul enregistrement qui a été fait dans lequel elle jouait du piano.

1952: A Piano Memory

Defiant, angry sounds surrounded me. The pianist was putting her heart into Chopin's Revolutionary Etude, emphasizing the dramatic passages with force and speed. I wondered how there could be something so violent in such a gentle person. She finished the etude and went on to the Grand Polonaise, a piece I had heard her play many times, though not from the same vantage point.

You see, I was on the floor, under the piano, an old Baby Grand that dominated the Living Room of our family's small home. The blond wood of the piano's sounding board was my sky, its legs and pedals a forest, the bass passages thunder.

Knowing that mother would play the piano after I went to bed for the night, I waited until she put my sister, Elaine, to bed. I snuck out of my room, into the Living Room, and under the piano. I saw her legs come back into the room and approach the piano. When she bent over to pull out the piano bench, I was sure I'd be discovered. But she just sat, sorted through her music, and began playing Liszt's Hungarian Rhapsody, one of her favorites.

All the years Elaine and I were growing up, we heard the music of the great composers for the piano: Mozart, Beethoven, Schubert, Liszt, and above all Chopin. We were never forced to "sit and listen." Sometimes mother played during the day, but mostly in the evening after we went to bed. We often fell asleep listening to beautiful music.

Rita Demers (née Rita Page), our mother, had studied piano with Heinrich Gebhard in Boston. One time, at the end of a recital, Leonard Bernstein, another of Gebhard's students, kissed her cheek and complemented her playing. These were treasured memories.

But the times had not been good for a girl of a family that wasn't rich and had ten children. These were the years of the Great Depression and World War II. She occasionally played on the radio and taught piano to many students to pay for advanced lessons in Boston. But her career never got off the ground. Talent and skill were not enough; money and connections were the missing ingredients.

Eventually, she met my father, married him, and settled down to raise her family. But her music never left her. It was an important part of her life, and it became an important part of ours; even to Dad, who was somewhat tone-deaf. He saw that it made her happy, and that was enough for him.

The years went by, the kids grew up and married, and Dad passed away. Rita returned to the piano and joined her church choir. For many years she accompanied them on the piano or organ. The last time, when she was 86 years old, it was for Christmas mass, a month before she died.

I was growing sleepy when Mother finally got up from the piano. She saw me under the piano, and told me to go to bed. She wasn't mad at me. She had a smile on her face.

1952: Un souvenir de piano

Les sons fâchés et rebelles m'entouraient. La pianiste mettait tout son coeur dans l'Étude Révolutionnaire de Frédrick Chopin, en soulignant les extraits dramatiques avec force et vitesse. Je me demandais comment quelque chose de si violent que cela pouvait sortir d'une personne si gentille. Elle a fini l'étude et a commencé la Grande Polonaise, une composition que j'avais souvent écoutée, mais pas au même endroit.

Vous voyez, j'étais sur le plancher, sous le piano, un vieux piano demi-queue qui dominait le salon de la petite maison de notre famille. Le bois blond de la table d'harmonie du piano était mon ciel, ses jambes et pédales étaient une forêt et les sons graves étaient le tonnerre.

Sachant que maman jouerait du piano après que je me serais couché, j'ai attendu jusqu'à ce qu'elle ait couché ma petite soeur, Elaine. Je me suis glissé silencieusement hors de ma chambre, au salon et sous le piano. Je pouvais voir ses jambes quand elle est entrée dans le salon et s'est approchée du piano. Quand elle s'est penchée pour enlever le banc du piano, j'étais sûr qu'elle me découvrirait. Mais elle s'est assise et a commencé à jouer la Rapsodie Hungroise de Franz Liszt, une de ses favorites.

Pendant notre jeunesse, Elaine et moi avons écouté les musiques de grands compositeurs pour le piano : Mozart, Beethoven, Schubert, Liszt, Debussy et surtout Chopin. Nous ne nous sommes pas forcés pour nous asseoir et écouter. Quelquefois notre mère jouait pendant la journée, mais elle jouait surtout après que nous nous étions couchés. Nous allions dormir en écoutant ces belles mélodies.

Rita Demers (née Rita Page), notre mère, avait étudié le piano avec Heinrich Gebhard à Boston. Une fois, a la fin d'un récital, Leonard Bernstein, un autre étudiant de Gebhard, lui a donné un complément et il l'a embrassée sur la joue. Elle a chéri ces souvenirs.

Mais les temps n'était pas bons pour une fille d'une famille qui n'était pas riche avec dix enfants. C'était les années de la grande dépression et de la deuxième guerre mondiale. Elle jouait du piano de temps en temps pour la radio et elle enseignait le piano à beaucoup d'enfants pour payer les leçons avancées. Mais ce n'était pas possible pour elle de monter sur la scène. Le talent n'était pas suffisant, l'argent et les connections étaient les ingrédients manquants.

Finalement elle s'est mariée avec papa et a eu deux enfants, mais son amour de la musique ne l'a jamais quitté. C'était une partie importante de sa vie et il est devenu une partie d'importante de nos vies ; la même pour papa qui n'a jamais eu d'oreille musicale. Il voyait que la musique lui rendait heureuse et c'était suffisant pour lui.

Les années ont passé, ses enfants ont grandi, ils se sont mariés et papa est mort. Rita est retournée au piano et s'est inscrite au choeur de son église. Pendant de nombreuse d'années, elle a fait de l'accompagnement au piano ou à l'orgue. La dernière fois, elle avait 86 ans, c'était à la fête de Noël, un mois avant de mourir.

J'avais sommeil quand maman s'est levée du piano. Elle m'a vu sous le piano et m'a dit de me coucher. Elle n'était pas en colère contre moi. Elle avait un sourire sur son visage.